La rivière Iguaçu prend sa source près de la côte atlantique, dans le sud-est du Brésil. Le relief lui impose un cours assez étonnant: au lieu de couler vers l'est en direction de l'Océan Atlantique, la rivière Iguaçu s'enfonce d'abord à l'intérieur des terres, en direction de l'ouest, avant de bifurquer vers le sud. Elle passe ensuite sur le territoire argentin et se jette finalement dans le fleuve Parana qui finit sa course à Buenos Aires dans l'Océan Atlantique. Au niveau de la frontière entre le Brésil, l'Argentine et le Paraguay, le rio Iguaçu présente une des merveilles naturelles de l'Amérique du sud: les chutes d'Iguaçu. Hautes d'environ 60m en moyenne, ces chutes impressionnent surtout par leur nombre: au milieu de la forêt tropicale, elles forment un front impressionnant de plus de 3km.
Les chutes d'Iguaçu se visitent du côté brésilien et du côté argentin, et de chaque côté les aménagements pour les visiteurs sont très audacieux: passerelles surplombant les chutes, passerelles au pied des chutes, tours en bateau, tours en hélicoptère... Lors de notre visite la rivière Iguaçu était en crue, et il ne manquait que quelques centimètres pour que certaines passerelles soient interdites d'accès (à certains endroits, l'eau nous léchait les pieds...). Le spectacle fut d'autant plus fascinant: gigantesques, puissantes, indomptables, monstrueuses, effrayantes... voilà comment nous pourrions décrire les chutes lorsque nous les avons vues pour la première fois, du côté brésilien.
Nous avons débarqué le 23 octobre au matin à Foz do Iguaçu, une petite ville brésilienne qui ne mérite que d'être traversée, à quelques km des chutes. Malgré la fatigue du voyage (24h de bus depuis Rio de Janeiro), nous avons, l'espace d'une journée, retrouvé la fougue de nos premiers mois de voyage et la boulimie de visite qui rendait nos journées en Asie interminables. Nous avons ainsi brillamment enchainé bus et passage de frontière avec l'efficacité et la rapidité qui furent jadis notre quotidien (mes parents doivent encore faire des cauchemars de leurs 1ers jours en Thailande avec nous). Ça a donné ça: arrivée à Foz do Iguazu, bus pour le centre ville de Foz do Iguaçu, bus pour l'entrée du parc des chutes d'Iguaçu, dépôt de nos gros sacs dans une consigne, bus pour les chutes d'Iguaçu, 2h à admirer les chutes sur un petit sentier de 1km, retour en bus à l'entrée du parc, bus pour Foz do Iguaçu, bus pour le poste frontière brésilien, tampon de sortie du Brésil, bus pour le poste frontière argentin, tampon d'entrée en Argentine, bus pour Puerto Iguazu (le «z» remplace le «ç» en espagnol) en Argentine, hôtel, manger, dodo. Fin du 1er épisode.
Le lendemain, la malédiction de Rio de Janeiro s'abat sur nous. Une tempête éclate: trombes d'eau, violentes rafales de vent, orage. Rapidement, les rues sont inondées et jonchées d'arbres déracinés. Nous restons cloîtrés à l'hôtel toute la journée, craignant que le mauvais temps ne s'éternise ou que le niveau du rio n'augmente encore et ne contraigne les rangers à interdire l'accès aux passerelles. Heureusement le lendemain, le soleil brille et toutes les passerelles sont ouvertes. Nous passons la journée à visiter les chutes du côté argentin (le parc est beaucoup plus étendu du côté argentin que du côté brésilien). Tandis que le côté brésilien offre une superbe vue d'ensemble sur les chutes, du côté argentin, on est beaucoup plus près des chutes. Une approche beaucoup plus intimiste des chutes... c'est-à-dire beaucoup plus humide!