Tout d'abord, le canal de Panama en quelques chiffres:
- 20 ans de travaux étalés sur 3 périodes entre 1880 et 1914
- inauguré le 15 aout 1914
- environ 30 000 ouvriers, techniciens et ingénieurs sont morts au cours de sa construction, essentiellement à cause du paludisme et de la fièvre jaune
- 80 km de long
- hauteur maximale au-dessus du niveau de la mer: 26 m
- 6 écluses
- un lac artificiel de 436 km2, le plus grand lac artificiel du monde à son époque de construction
- évite un détour de plus de 13 000 km par le Cap Horn (plus de 20 jours de navigation)
- durée moyenne de la traversée: 8 à 10 h
- chaque année, le canal est emprunté par plus de 14 000 navires
- sous administration américaine jusqu'au 31 décembre 1999, date à laquelle il est repassé sous souveraineté panaméenne.
Les premiers travaux débutent en 1880 sous la direction du français Ferdinand de Lesseps. La réputation de ce dernier est considérable depuis le succès de la construction du canal de Suez (inauguré en 1869). La mise en vente des actions de la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique pour financer les travaux connait ainsi un franc succès: en toute confiance, plusieurs milliers de français se portent acquéreurs. Mais, contre toute attente, les travaux prennent beaucoup de retard pour plusieurs raisons: conditions climatiques difficiles (chaleur et humidité), éboulements, glissements de terrain, inondations, forte mortalité sur le chantier (paludisme, fièvre jaune). Le cours des actions de la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique s'effondre et la société fait faillite au moment où le scandale de Panama éclate. De nombreux actionnaires accusent les dirigeants du projet de corruption (des hommes politiques ont été acheté afin qu'ils cachent les retards des travaux et autorisent la mise en vente de nouvelles actions), plusieurs d'entre eux sont condamnés à des peines d'emprisonnements, dont Ferdinand de Lesseps et Gustave Eiffel. Une nouvelle société est alors créée par un ingénieur français, Philipe Bunau-Varilla, la Compagnie Nouvelle, en 1894. Mais rien n'y fait, le manque de financement et le fléau des maladies conduisent à un nouvel échec. C'est alors que les Etats-Unis entrent en scène. Un canal interocéanique présente un intérêt économique considérable pour les Etats-Unis. Il suffit de considérer le temps et le coût des liaisons entre Los Angeles et la côte est des Etats-Unis avant la construction du canal. Deux projets concurrents ont les faveurs des américains: le 1er consiste à racheter la société française et à continuer les travaux, le 2ème consiste à construire un canal plus au nord, au Nicaragua. Philipe Bunau-Varilla, qui a tout intérêt à revendre sa société aux américains, va exercer un lobbying très efficace auprès des financiers et hommes politiques américains et réussir à les convaincre que le canal de Panama est de loin la meilleure solution, des points de vue technique et financier. Cependant, la Colombie, à qui appartient à l'époque le Panama, s'oppose à ce projet. Mais quelques mois plus tard, le Panama déclare son indépendance, avec le soutien des Etats-Unis. Quelques jours après la déclaration d'indépendance, sans même l'avis du gouvernement panaméen, le traité Hay-Bunau-Varilla est signé, assurant la vente des droits d'exploitation, de construction et de protection du canal ainsi que d'une large bande de terre le long de celui-ci aux Etats-Unis. Après quelques modifications du projet français, les travaux reprennent sous la direction des américains en 1903. Des mesures sanitaires draconiennes et la découverte des conditions de transmission de la malaria et de la fièvre jaune conduisent au succès du projet. Le canal du Panama est inauguré le 15 aout 1914. Après plusieurs décennies de très fortes tensions entre le Panama et les Etats-Unis, un traité, le traité de Torrijos-Carter, est finalement signé en 1977. Le point le plus important de ce traité est l'établissement d'une période de transition de 20 ans pour le transfert définitif au Panama du canal et des terres voisines. Cette échéance est arrivée à terme le 31 décembre 1999.
Aujourd'hui plusieurs éléments assez amusants nous laissent penser que la rancœur des panaméens envers les Etats-Unis perdure (et on les comprend): les américains sont les seuls à payer un droit d'entrée sur le sol panaméen (5USD) et les possesseurs d'une carte de crédit américaine ont des frais de 3USD lorsqu'ils retirent de l'argent dans les distributeurs automatiques au Panama.
Profil du canal: