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samedi 24 octobre 2009

La panne, Bolivie, par Nat

En Amérique du sud, il y a des trajets vers des régions isolées dont on sait que s'y aventurer engage sa propre responsabilité et requiert une immense patience: pistes en très mauvais état sur lesquelles les bus peuvent s'enliser ou tomber en panne, aucun moyen de communication, pas de moyen d'approvisionnement en eau ou en nourriture en dehors des principaux villages, trajet d'au moins 30h de bus etc. C'est le cas, par exemple, de la route trans-chaco, qui traverse le Chaco (région perdue par la Bolivie au profit du Paraguay à l'issue de la guerre du Chaco dans les années 30) depuis Sucre en Bolivie jusqu'à Asunción au Paraguay. On aurait bien voulu emprunter cet itinéraire pour visiter le Paraguay avant d'entrer au Brésil mais la description de l'itinéraire était tellement décourageante (nous ne sommes pas non plus des Indiana Jones en soif d'aventure) que nous avons choisi de rejoindre le Brésil par le Pantanal. Le trajet depuis Sucre n'en est pas moins long mais notre guide de voyage ne fait aucune recommandation particulière pour ce trajet qui est emprunté quotidiennement par les bus (entre Sucre et Santa Cruz) et les trains (entre Santa Cruz et Quijarro à la frontière Bolivie/Brésil).

Nous décidons de quitter Sucre par un beau dimanche ensoleillé. Nous savons que les bus des multiples compagnies privées boliviennes partent tous en fin d'après midi mais il est déjà presque midi et nous n'avons pas encore réservé nos places pour le soir même. Nous filons à la gare routière et faisons la tournée des compagnies de bus. Les meilleures compagnies n'ont déjà plus de place, et nous devons nous rabattre sur une des compagnies les moins chères, pas vraiment synonyme de fiabilité! On se rassure en se disant que de tout le voyage nous n'avons connu qu'une seule panne de bus, en pleine nuit à Java (où nous n'avions attendu que 30 min le bus suivant), alors pourquoi s'inquiéter en imaginant une panne de bus tragique au milieu de nulle part? Nous avons notre petit pique-nique du soir et 3L d'eau. Ça devrait suffire puisque nous devons arriver en début de matinée à Santa-Cruz. Le bus démarre vers 18h et nous voilà partis pour 15h de trajet.

Le bus n'est pas très confortable, mais la première partie du trajet est sur route goudronnée et mis à part les nombreux virages qui donnent la nausée, notre dos est épargné. Il est déjà minuit et nous essayons de dormir tant bien que mal : le bitume a laissé place à une piste poussiéreuse en très mauvaise état et nos dos commencent à souffrir. Si ce n'était que cela... Le bus fait de nombreuses pauses et au cours de notre sommeil léger, du mien surtout, nous nous rendons compte que cette vieille carcasse de bus lâche des vrombissements depuis le fond de ses entrailles comme pour annoncer une mort certaine! A 2h du matin, alors que tous les passagers dorment, le bus s'arrête et pendant plus d'une demi-heure, le chauffeur tente en vain de le redémarrer. Tout d'un coup, les lumières du bus se rallument et nous entendons le chauffeur nous annoncer: « senores pasageros, este bus no puede salir de nuevo. Vamos a pedir un otro bus ». Nous aurions pu nous rendormir sereinement, mais pour moi impossible (pour Ju pas de problème): nous sommes tombés en panne au milieu de nulle part sur une piste pourrie à plus de 6h de Sucre et 8h de Santa-Cruz; nous étions le dernier bus de la journée à emprunter l'itinéraire dans ce sens là (les suivants passeront dans 24h) et tous les bus provenant de Santa-Cruz se sont à peine arrêtés pour nous venir en aide; la route est empruntée très rarement par quelques camions de travaux; le chauffeur ne peut pas appeler de secours car les téléphones portables ne captent aucun réseau; nous sommes à au moins 6h d'une ville qui peut nous envoyer un nouveau bus; le village le plus proche se trouve à au moins 1h de marche mais il est si petit qu'il ne possède ni téléphone ni magasin pour s'approvisionner en eau et nourriture... A 3h du matin, le chauffeur nous quitte, à pied, à la recherche d'une cabine téléphonique pour demander à la compagnie de nous envoyer un nouveau bus mais nous ne savons pas du tout s'il y parviendra et quand il reviendra.

Au lever du jour, à 5h30 du matin, nous n'avons toujours aucune nouvelle de notre chauffeur. Nous sommes 40 pauvres passagers abandonnés au milieu de nulle part et je commence très sincèrement à m'inquiéter quand je réalise qu'il ne nous reste plus qu'un petit pot de confiture à la pêche et 2L d'eau en guise de provisions. Mais qu'est ce qu'on va devenir? Pendant ce temps Ju dort paisiblement. Un groupe d'hommes assis dehors, à côté du bus, commence à réfléchir à comment faire du feu et fabriquer du pain... Pas très rassurant tout ça. Partie en quête d'informations auprès de certains passagers en colère, on me répond que non, aucun bus ne viendra nous chercher, les seuls bus qui pourraient nous prendre sont ceux de la nuit prochaine mais ils seront déjà pleins. Mais ça veut dire qu'on va moisir ici?

A 7h du matin, alors que nous n'avons toujours pas de nouvelles de notre chauffeur, nous entendons le bruit d'un camion qui s'approche... De nombreux passagers se précipitent dehors, sacs à la main, prêts à sauter dans le camion. Nous les suivons, timidement. Lorsque le gros camion s'arrête (le seul qui soit passé durant les 4 dernières heures), le chauffeur du poids-lourd nous annonce qu'il n'y a qu'une seule place dans la cabine! Nous sommes 27 à vouloir partir avec lui. Nous sommes les 2 seuls touristes et nous laissons donc les boliviens négocier avec le chauffeur la possibilité de nous prendre tous dans la remorque. Le chauffeur accepte finalement, moyennant finance évidemment. Nous grimpons dans la remorque et nous installons confortablement sur des tonnes de sacs de ciment. Nous finissons par prendre l'expérience à la rigolade et profitons du paysage quand tout d'un coup la pluie se met à tomber. Il ne manquait plus que ça! Nous sommes assis sur des sacs de ciment qui ne doivent surtout pas être mouillés! Le camion s'arrête et le chauffeur nous enferme sous une grosse bâche bien serrée sous laquelle nous n'avons même pas la place de rester assis sans baisser la tête. Le trajet ne dure que 2h mais nous parait bien long même si la bonne humeur des voyageurs permet de garder le moral.

Il est 9h du matin et la faim nous tiraille quand nous arrivons enfin dans un petit village où l'on peut enfin acheter un peu de pain! Mais nous ne sommes toujours pas tirés d'affaire, Santa Cruz se trouve à encore 6h de route et l'unique compagnie de bus du petit village où nous nous trouvons refuse de nous affréter un bus pour un tarif raisonnable. Nous laissons une nouvelle fois nos compagnons d'infortune négocier sans nous (inutile de vous dire que si nous avions été seuls tous les 2, les tarifs auraient été astronomiques) pour finalement aboutir à un fiasco! Nos compagnons boliviens (qui pour la plupart font partie de la classe moyenne bolivienne) nous entraînent avec eux à la recherche d'un nouveau camion! Un gars du village qui doit livrer des patates à Santa-Cruz accepte de nous prendre, moyennant finance évidemment. Nous sommes plus de 20 à nous entasser dans un camion au milieu des sacs de patates et nous voilà partis, à 10h pour 6h de trajet! Nous sommes tous affamés et à 13h, alors que nous traversons un petit village, nos compagnons boliviens ordonnent au chauffeur de s'arrêter pour la pause repas! Très comique!

Nous arrivons à Santa Cruz vers 17h mais il nous faut encore prendre un taxi jusqu'à la gare routière/ferroviaire de Santa Cruz. Nous partageons le taxi avec 3 de nos compagnons boliviens dont une est professeur d'anglais à l'université de Santa Cruz. La professeur est très en colère car elle a manqué une journée de cours et connaissant le règlement des compagnies de bus sur le bout des doigts nous entraîne avec elle dans le but de nous faire rembourser le trajet. On n'avait même pas pensé que c'était possible. Après une longue discussion elle a finalement gain de cause, et nous voilà intégralement remboursés! C'est fort appréciable après toutes ces émotions. En revanche, ce retard nous a fait rater le dernier train pour Quijarro (à la frontière). Le train est le seul moyen de transport pour rejoindre Quijarro depuis Santa Cruz. Nous passons donc la nuit à Santa Cruz qui est une grande ville sans grand intérêt et nous partons dès le lendemain midi avec le premier train. Ce train est surnommé le train de la mort non seulement à cause de l'état des rails mais aussi à cause des nombreux accidents qu'il y a eu dans le passé alors qu'il était bondé. Ce n'est plus d'actualité mais il n'est pas très confortable et remue beaucoup au point de vous donner la nausée. Nous arrivons enfin à Quijarro le 30 septembre, à 7h du matin, à l'issue de 19h de train! Nous traversons la frontière et nous voilà enfin au Brésil. Quel soulagement! Il nous faut encore prendre un bus pour Campo Grande où nous arrivons le 30 septembre au soir à l'issue d'un nouveau trajet de bus de 8h. Nous prenons la première auberge et nous nous écroulons sur le lit!


Un long trajet

jeudi 22 octobre 2009

La douche cloclo, Bolivie, par Ju

Quiconque a déjà voyagé en Amérique du sud a déjà été confronté à ça:



La douche Claude-François! Comme on peut le voir sur la photo, les 3 fils habituels sont bien là: phase, neutre, terre. Le fils de terre est facilement reconnaissable: c'est celui qui est relié... à rien! Les deux autres sont disposés de telle sorte qu'une fois la douche allumée ils soient abondamment arrosés. Sur la photo, le montage n'est pas trop mal: les fils ne sont pas dénudés (ne rigolez pas, on a eu ce cas à plusieurs reprises!). Le conducteur humain, mal isolé car mouillé et les pieds nus, doit alors choisir entre prendre une douche froide ou allumer le chauffe-eau électrique et prendre le risque de finir en toast grillé. Lorsque les températures sont clémentes, le choix est vite fait. Mais en Bolivie, lorsque les températures descendent en-dessous de 0, il est difficile de supporter la douche effet glaçon. Alors il faut ruser: se mettre à l'abri du jet d'eau, ouvrir le robinet en essayant de se mouiller le moins possible, faire un mélange approximatif, prendre sa douche, laisser malheureusement couler l'eau pendant l'étape de savonnage, se sécher, puis une fois bien sec refermer le robinet. Moi j'ai souvent pris des douches froides, et Nat a souvent pris le jus!

mercredi 14 octobre 2009

Sucre, Bolivie, par Nat

Nous arrivons à Sucre le 25 septembre. Sucre a été la première capitale de la Bolivie lors de l'indépendance en 1825. C'est une très jolie ville coloniale aux maisons blanches où il est très agréable de se balader. C'est un autre visage de la Bolivie que nous découvrons ici. La ville est prospère, paisible, dynamique: beaucoup de voitures individuelles, peu de stand de vente d'artisanat dans la rue, nombreux étudiants, classe moyenne visible. Contrairement aux villes de l'altiplano andin où de nombreux slogans montrent le soutien aux réformes d'Evo Morales, à Sucre, le président aux origines indiennes est visiblement moins populaire.
Sucre est notre dernière véritable étape en Bolivie avant de rejoindre le Brésil. Notre route vers le Pantanal brésilien s'annonce bien longue.


Sucre

Potosi, Bolivie, par Ju

Nous sommes arrivés à Potosi le 24 septembre après une longue nuit de bus depuis La Paz. Difficile d'imaginer que Potosi fut pendant plusieurs siècles l'une des villes les plus prospères du monde. Les beaux bâtiments coloniaux sont pourtant là pour rappeler le faste d'antan, mais à regarder les gens dans les rues, rien ne différencie plus Potosi des autres villes de l'altiplano bolivien.

La ville de Potosi fut construite en 1545 lorsque les espagnols eurent connaissance de la découverte par les incas de gisements d'argent dans la montagne Cerro Rico. Elle devint rapidement le premier centre d'activité minière au monde et connut son apogée au XVIIème siècle, avec plus de 150 000 habitants (autant que Paris). La ville se couvra de monuments à l'architecture baroque, et fut le théâtre de toutes les manifestations de plaisir et de luxe de l'époque: fêtes, bals, théâtre, corridas, prostitution... Mais le coût humain de cette prospérité étourdissante fut abominable: on estime que 7 millions d'indiens et d'esclaves noirs périrent dans les mines. Les mines d'argent s'épuisèrent vers la fin du XVIIIème siècle et la ville connut un déclin aussi brutale que l'avait été son développement. En 1825, au moment de l'indépendance de la Bolivie, la ville ne comptait plus que 6000 habitants.

Aujourd'hui, bien que déclarées épuisées, les mines sont toujours en activité et des coopératives de mineurs s'échinent à exploiter avec plus ou moins de succès les rares filons encore existants. Les conditions de travail n'ont pas vraiment changées depuis le début de l'exploitation des mines au XVIème siècle et le taux de mortalité dans les mines est toujours aussi élevé. Tous les guides de voyage indiquent immanquablement qu'une visite de Potosi ne serait pas complète sans une visite des mines en fonctionnement. Notre visite de Potosi restera donc incomplète car nous faisons partie des rares touristes (nous en avons rencontré quelques-uns) qui ont décidé de ne pas visiter ces mines. Plusieurs raisons à cela. Pour des raisons évidentes de sécurité, les mines ne peuvent se visiter que dans le cadre d'un tour organisé. Or le fait que des agences de voyage gagnent de l'argent en vendant de la misère humaine nous a posé un sérieux problème. Certaines agences n'ont semble-t-il aucun scrupule et présentent la visite des mines comme une aventure divertissante (cf photos). Certaines permettent même aux touristes de faire exploser de la dynamite comme de vrais mineurs... Ensuite la visite des mines est devenue un business tellement important (c'est la principale "attraction" touristique de la ville) que l'on peut s'interroger sur le rôle des agences de voyage dans le maintien de cette activité. Quelle serait la position des agences de voyage si on envisageait de fermer définitivement ces mines (les gisements étant pratiquement épuisés, une ré-industrialisation et une modernisation des mines ne sont pas envisageables)? Soutiendraient-elles le projet de fermeture, prêtes à voir disparaître leur principale source de revenus, ou s'y opposeraient-elles?
Les agences alléguant qu'une partie des profits est directement reversée aux coopératives des mineurs, certains ont la naïveté de croire (ou s'en persuadent) que la visite des mines peut permettre à certains mineurs de sortir de la mine: en fin de compte cela reviendrait à financer une activité pour qu'elle cesse... ce n'est pas très réaliste! Un des arguments en faveur de ces visites est qu'elles permettent de se rendre vraiment compte des conditions de travail horribles des mineurs. Mais cette soif de connaissance est souvent un prétexte pour assouvir un voyeurisme naturel. Ces mines sont tout simplement des zoos humains.

Et pendant ce temps-là l'Eglise bénit les mineurs et disserte sur le caractère hérétique de certaines de leurs traditions... Le rôle de l'Eglise dans l'histoire des mines de Potosi est très révélateur du positionnement éthique de cette institution. Au XVIème siècle, après s'être longtemps interrogée sur le caractère hérétique de la pratique de la mastication de la feuille de coca, l'Eglise décida de l'interdire. Mais s'apercevant que la feuille de coca permettait aux indiens de mieux supporter les conditions de travail abominables dans les mines (la mastication de la coca permet de diminuer les effets de l'altitude –Potosi de situe à 4070m d'altitude-, et a un effet coupe faim), elle se ravisa et l'autorisa de nouveau, et en profita pour créer une imposition ad hoc, une dîme sur la coca. Aujourd'hui sa brillante réflexion se concentre sur le problème de Tio. Tout comme les mineurs croient en Dieu, ils croient à la présence du Diable sous la terre. La chaleur dans les galeries est si forte et leur environnement de travail ressemble tellement à l'Enfer, que les mineurs pensent que le minerai qu'ils obtiennent en dynamitant et en creusant la terre appartient au Diable. Afin d'apaiser le Diable, qu'il nomme Tio, ils installent une statue à son effigie à l'intérieur de chaque mine et y déposent régulièrement des offrandes (notamment des feuilles de coca). Or cette tradition dérange fortement l'Eglise qui la considère comme hérétique.


Potosi

jeudi 8 octobre 2009

Parcours Bolivie

Voici notre parcours en Bolivie:

dimanche 27 septembre 2009

Ascension du Huayna Potosi, 6088m, Bolivie, par Ju

Sur le papier, le Huayna Potosi est l'un des sommets de plus de 6000m les plus faciles. En fait c'est surtout sur le papier des agences de voyages de La Paz! Car l'ascension d'un 6000m ce n'est pas une petite balade dominicale de mamie! A La Paz nous avons retrouvé Joël, un français que nous avions rencontré à San Pedro de Atacama et avec qui nous avons fait plusieurs excursions depuis (Salta, Salar d'Uyuni). Nous avons fait équipe pour faire l'ascension. Celle-ci peut s'effectuer en 2 ou 3 jours (en 3 jours, le 1er jour est consacré à un entrainement à la marche et à l'escalade avec crampons et piolets). Comme nous n'avons peur de rien, nous signons pour 2 jours. Comme l'ascension semblait très facile, Nat et moi avons décidé de corser les choses: la veille nous avons donc ingurgité plusieurs saltenas (sorte d'empanadas) très piquantes dont la viande était certainement avariée. Du coup, le matin du départ, la sainte tourista était là avec nous, décidée à nous accompagner jusqu'au sommet! Bon en ce qui me concerne, après 9 mois de voyage, j'ai appris à vivre avec elle. Mais pour Nat c'est très rare. Du coup elle n'était vraiment pas en condition pour faire une telle ascension et a finalement sagement renoncé à prendre le départ le 2ème jour. Le premier jour a été assez tranquille. Nous n'avons marché qu'1h30 pour rejoindre le camps de base. Nat n'étant pas très en forme, j'ai du porter notre matériel à tous les 2 (pantalons, vestes, chaussures, crampons, harnais...) et ça fait du poids! Au refuge nous avons retrouvé d'autres touristes partis eux pour 3 jours. Le lendemain, réveil 0h30. Nous faisons une cordée de 3 avec notre guide Félix, Joël et moi. Partis les derniers un peu avant 2h du matin, nous dépassons plusieurs cordées. Bien que nous ayons passé plusieurs semaines autour de 4000m d'altitude, nous ressentons les effets de l'altitude: essoufflement et accélération du rythme cardiaque. Mais la tourista est toujours avec moi et j'ai beaucoup de mal à m'alimenter. Ce qui devait arriver arriva: après plus de 3h de marche, gros coup de fatigue. Les 2 dernières heures sont difficiles, surtout que les derniers 100m sont finalement assez techniques: une partie d'escalade sur du mixte glace/rocher, puis une longue crête vertigineuse. Un peu avant 7h nous sommes enfin au sommet. Vue superbe. Pas le temps de s'attarder, il faut redescendre avant que le soleil ne commence à ramollir la neige. Dans la descente nous découvrons de jour les paysages et l'environnement qui nous ont échappés à la montée, notamment les nombreuses crevasses qui nous entourent et qu'il faut parfois enjamber. 2h plus tard nous sommes de retour au refuge et retrouvons Nat blottie dans son sac de couchage. Finalement nous ne sommes que 4 sur 11 à avoir atteint le sommet ce jour là! Deux personnes, dont Nat, ne sont pas parties, les autres ont abandonné dans la montée.


Huayna Potosi

La Paz, Bolivie, par Ju

Après le lac Titicaca, nous voici à La Paz. La ville n'est pas spécialement belle mais nous y sommes restés assez longtemps. La principale raison est que nous avons attendu une fenêtre météo pour faire l'ascension du Huayna Potosi, un sommet de 6088m. La deuxième raison est que nous avons trouvé un hôtel qui incitait franchement à l'oisiveté: chambre spacieuse, propre et lumineuse, eau chaude, petit déjeuner monstrueux, TV cablé (et oui ça fait du bien des fois de regarder le TV!), internet. La troisième raison est que pour une fois nous avions envie de ne rien faire! La Paz est quand même une ville intéressante et quelques musées méritent le détour, notamment le musée de la coca. La ville ressemble à un chapeau melon renversé: au fond, la ville coloniale et la ville moderne se mélangent avec églises, bâtiments coloniaux et immeubles de verre, sur les parois abruptes les petites maisons des quartiers défavorisés s'agglutinent, débordent de la cuvette et s'étendent sur plusieurs dizaines de km à l'extérieur, formant un immense quartier (600 000 habitants) appelé El Alto.


La Paz

Lac Titicaca, Bolivie, par Ju

Après plusieurs jours dans le désert du salar d'Uyuni, nous voici au bord du lac Titicaca, dans le village de Copacabana. Copacabana est une station balnéaire très à la mode. A quelques heures à peine de La Paz, la ville est prise d'assaut tous les weekends par des familles aisées venues de la capitale. On peut se balader le long du lac, faire du pédalo, manger des truites arc-en-ciel (spécialité de la région, la truite arc-en-ciel a été introduite dans le lac en 1939), et éventuellement se baigner. Après avoir passé une journée à Copacabana, nous sommes partis sur l'Isla del Sol, à seulement quelques km de Copacabana mais à plus d'1h30 de bateau. Sur place, on est étonné par le paysage qui rappelle celui d'une île aride méditerranéenne: eau d'un bleu profond, criques eaux translucides, falaises blanches, sentiers rocailleux... Nous nous sommes faits déposer le matin dans le nord de l'île, et après avoir visité le site archéologique de chincana, nous avons traversé l'île à pied du nord au sud et nous avons passé la nuit dans un hôtel construit sur une crête (avec une vue imprenable sur les 2 côtés de l'île). Avec environ 10km de long, 4km de large et une altitude moyenne de 3900m, l'Isla del Sol est une petite île qui abrite environ 2500 habitants permanents répartis dans 3 petits villages, Cha'llapampa dans le nord, Cha'lla au centre et Yumani dans le sud. Le tourisme représente la principale source de revenus de l'île et chaque maison fait office d'hôtel, de restaurant ou d'épicerie. Mais la gestion de cette ressource laisse... songeur. La majorité des touristes effectuant le même trajet que nous, les revenus du tourisme sont très inégalement répartis. Le village qui en profite le plus est Yumani dans le sud, puisque beaucoup de touristes décident d'y passer une nuit. Il y a donc de très nombreux hôtels et restaurants. Comme cela ne suffit apparemment pas, un droit d'entrée au village a été institué ce qui permet de gagner de l'argent même avec les touristes pressés qui à peine arrivés dans le sud de l'île reprennent un bateau pour Copacabana. Cha'llapampa ne s'en tire pas trop mal non plus puisqu'elle possède le seul site archéologique vraiment intéressant de l'île, les ruines de Chincana, évidemment payantes. Mais craignant que certains touristes allergiques aux tas de pierres taillées ne visitent pas ce site, le village a lui aussi institué un droit d'entrée. Et de deux! Mais le village de Cha'lla est malheureusement le laissé pour compte. En contrebas du sentier qui traverse l'île du nord au sud, peu de touristes prennent le temps d'y descendre et d'y dépenser leurs deniers. Du coup, comment faire lorsque la poule aux œufs d'or passent devant votre porte mais qu'elle ne dépose ses précieux œufs que chez vos voisins? Et bien comme partout ailleurs, on taxe le passage de la poule! Du coup, des habitants du village font les hitistes sur le chemin et font payer un droit d'entrée sur le territoire du village. Pour résumer, il y a donc 3 péages pour piéton sur un sentier d'environ 6km! Et à chaque péage, il y a évidemment plusieurs préposés au péage: celui qui détache les tickets, celui qui récupère l'argent, celui qui compte l'argent, celui qui regarde le lac, celui qui voudrait bien un jour pouvoir lui-aussi avoir le privilège de détacher les tickets selon les pointillés, celui qui se gratte la tête... A côté, les femmes des préposés au péage vendent des tissus en vrai laine naturelle d'alpaga synthétique faits à la main à la machine... Mais ce n'est pas tout! Car il faut rajouter à cela les tensions géopolitiques entre les villages de Cha'llapampa et de Cha'lla qui se disputent les droits de propriété sur quelques objets exposés dans le minuscule musée archéologique de Cha'llapampa: certains auraient été trouvés sur le territoire du Cha'lla, mais Cha'lla ne touche rien sur les droits d'entrée au musée. Rappelons que l'île mesure moins de 10km de long! En ce qui concerne les droits d'entrée sur le territoire des villages, ceux-ci restent modérés, entre 5 et 10 BO (0.50 et 1€), mais ces sommes ne sont pas négligeables par rapport à d'autres dépenses plus légitimes (12 Bo pour un menu à midi, 40 Bo pour une chambre pour 2 dans un hôtel de Yumani). Lorsque le touriste agacé demande comment est géré cet argent et à qui il est reversé, il s'entend immanquablement répondre: pour l'école et la santé. Du coup, on est très étonné de voir les enfants trainer dans les rues à toute heure de la journée, attendant les touristes pour les conduire dans les hôtels du village et toucher une commission de l'ordre de 5 à 10% du prix de la chambre (10Bo pour une chambre de 50Bo, soit 1€). A ce prix là, on comprend pourquoi il est plus intéressant de pister les touristes que de faire ses devoirs.


Titicaca

Le salar d'Uyuni, Bolivie, par Nat

Après une petite semaine très sympathique dans la région de Salta, nous rendossons nos sacs à dos, et nous quittons l'Argentine pour rejoindre la Bolivie en bus de nuit. Nous arrivons à la frontière Bolivienne aux premières heures du jour dans le froid matinal. Nous sommes toujours en compagnie de Joël et nous prenons tous les 3 un bus pour Tupiza. 3 heures de bus pour faire moins de 100km sur une route en piteux état qui s'est carrément terminée dans le lit d'une rivière sur les derniers km! La ville de Tupiza ne présente pas un grand intérêt mais c'est un point de départ idéal pour les tours en 4x4 depuis le sud lipez jusqu'au salar d'Uyuni. Nous rencontrons 2 néerlandaises, Dominique et Eva et une australienne, Felicity et nous voilà au complet pour 4 jours d'excursions (du 8 au 11 septembre) à travers les beaux paysages du sud lipez et du salar d'Uyuni. De magnifiques paysages désertiques: gorges, cactus, volcans (dont le Licancabur que nous avions déjà vu depuis San Pedro de Atacama), lacs multicolores, dunes de sables, geysers, cours d'eau où viennent s'abreuver les animaux, désert de sels. Le temps est magnifique, il n'y a aucun nuage à l'horizon, mais le vent extrêmement fort nous empêche de profiter longtemps de nos différents arrêts. Heureusement, cela ne gâche pas pour autant l'excursion. Nous croisons quelques petits villages complètement isolés qui vivent de l'élevage de lamas, d'alpagas ou de l'exploitation de petites mines de zinc, cuivre ou du borax des salars ou encore de la culture de la quinoa. Nous passons nos 2 premières nuits dans des petites auberges rudimentaires, en plein désert entre 4000m et 5000m d'altitude. La nuit et au petit matin, il fait très froid et les températures minimales de -10deg sont pourtant bien loin des -30deg des mois de juillet et août. Les auberges ne sont pas chauffées (parfois un petit poële est allumé le temps du dîner) alors il est vital d'avoir un bon sac de couchage en plus des 2 ou 3 couvertures bien chaudes en laine d'alpaga qui sont déjà fournies. Le désert est un endroit propice pour l'observation des étoiles et c'est pourquoi Joël, Julien et moi, avons bravé le froid glacial de la nuit pour observer les étoiles et constellations de l'hémisphère sud: Croix du sud, Orion, Pégase et la grosse planète Jupiter visible à cette époque. Un vrai régal pour les yeux mais au bout de 30 minutes d'observation, le froid a eu raison de nous. Le dernier soir, nous avons dormi à l'orée du salar d'Uyuni dans un hôtel de sel. A l'exception des portes et du toit, tout est construit en bloc de sel du salar d'Uyuni: murs, tables, tabourets, lits. C'est un passage obligé de tous les tours organisés au salar d'Uyuni et c'est original et sympathique. Le dernier jour, nous nous réveillons vers 5h30 du matin pour découvrir l'immense salar d'Uyuni au lever du soleil. Le spectacle est insolite et enchanteur: une étendue blanche de sel compact s'étendant à l'infini et parsemée de rares îles rocheuses couvertes de grands cactus verts. A la saison des pluies en janvier et février, le salar a un tout autre aspect puisqu'il est inondé. Le processus de formation du salar est le même que celui d'Atacama (cf.post sur San Pedro de Atacama).

Le salar d'Uyuni (3650m d'altitude) avec ses 12500km2 est une des plus vastes étendues de sel du monde mais c'est avant tout un des principaux attraits touristiques de la Bolivie. Mais depuis ce mois de septembre, c'est pour une tout autre raison que le salar d'Uyuni se trouve au coeur de l'actualité internationale. Ce magnifique salar contiendrait plus de 40% des réserves mondiales de lithium. Une poule aux oeufs d'or pour la Bolivie lorsqu'on sait que le lithium est utilisé dans les batteries électriques notamment dans l'industrie automobile. Actuellement, le principal gisement de lithium est celui du salar d'Atacama (39,3% de la production mondiale et nous vous en avons déjà parlé) suivi par la Chine (13,3% de la production mondiale). Les réserves de lithium du salar d'Uyuni suscitent la convoitise de nombreuses grandes firmes internationales. Mais cette fois-ci, contrairement à ce qui s'est déjà passé dans le cadre de l'exploitation des minerais et du gaz naturel de la Bolivie, Evo Morales a lancé un appel d'offre pour l'exploitation du lithium du salar d'Uyuni en fixant des conditions très claires afin d'assurer de véritables retombées économiques pour la Bolivie. Notamment, Evo Morales exige que la multinationale qui sera en charge de l'extraction du lithium, établisse une véritable filière industrielle de fabrication de batteries électriques et de voitures électriques sur le sol bolivien. A ce jour, l'industriel français Bollore semblerait favori.


Uyuni