Nous sommes arrivés à Potosi le 24 septembre après une longue nuit de bus depuis La Paz. Difficile d'imaginer que Potosi fut pendant plusieurs siècles l'une des villes les plus prospères du monde. Les beaux bâtiments coloniaux sont pourtant là pour rappeler le faste d'antan, mais à regarder les gens dans les rues, rien ne différencie plus Potosi des autres villes de l'altiplano bolivien.
La ville de Potosi fut construite en 1545 lorsque les espagnols eurent connaissance de la découverte par les incas de gisements d'argent dans la montagne Cerro Rico. Elle devint rapidement le premier centre d'activité minière au monde et connut son apogée au XVIIème siècle, avec plus de 150 000 habitants (autant que Paris). La ville se couvra de monuments à l'architecture baroque, et fut le théâtre de toutes les manifestations de plaisir et de luxe de l'époque: fêtes, bals, théâtre, corridas, prostitution... Mais le coût humain de cette prospérité étourdissante fut abominable: on estime que 7 millions d'indiens et d'esclaves noirs périrent dans les mines. Les mines d'argent s'épuisèrent vers la fin du XVIIIème siècle et la ville connut un déclin aussi brutale que l'avait été son développement. En 1825, au moment de l'indépendance de la Bolivie, la ville ne comptait plus que 6000 habitants.
Aujourd'hui, bien que déclarées épuisées, les mines sont toujours en activité et des coopératives de mineurs s'échinent à exploiter avec plus ou moins de succès les rares filons encore existants. Les conditions de travail n'ont pas vraiment changées depuis le début de l'exploitation des mines au XVIème siècle et le taux de mortalité dans les mines est toujours aussi élevé. Tous les guides de voyage indiquent immanquablement qu'une visite de Potosi ne serait pas complète sans une visite des mines en fonctionnement. Notre visite de Potosi restera donc incomplète car nous faisons partie des rares touristes (nous en avons rencontré quelques-uns) qui ont décidé de ne pas visiter ces mines. Plusieurs raisons à cela. Pour des raisons évidentes de sécurité, les mines ne peuvent se visiter que dans le cadre d'un tour organisé. Or le fait que des agences de voyage gagnent de l'argent en vendant de la misère humaine nous a posé un sérieux problème. Certaines agences n'ont semble-t-il aucun scrupule et présentent la visite des mines comme une aventure divertissante (cf photos). Certaines permettent même aux touristes de faire exploser de la dynamite comme de vrais mineurs... Ensuite la visite des mines est devenue un business tellement important (c'est la principale "attraction" touristique de la ville) que l'on peut s'interroger sur le rôle des agences de voyage dans le maintien de cette activité. Quelle serait la position des agences de voyage si on envisageait de fermer définitivement ces mines (les gisements étant pratiquement épuisés, une ré-industrialisation et une modernisation des mines ne sont pas envisageables)? Soutiendraient-elles le projet de fermeture, prêtes à voir disparaître leur principale source de revenus, ou s'y opposeraient-elles?
Les agences alléguant qu'une partie des profits est directement reversée aux coopératives des mineurs, certains ont la naïveté de croire (ou s'en persuadent) que la visite des mines peut permettre à certains mineurs de sortir de la mine: en fin de compte cela reviendrait à financer une activité pour qu'elle cesse... ce n'est pas très réaliste! Un des arguments en faveur de ces visites est qu'elles permettent de se rendre vraiment compte des conditions de travail horribles des mineurs. Mais cette soif de connaissance est souvent un prétexte pour assouvir un voyeurisme naturel. Ces mines sont tout simplement des zoos humains.
Et pendant ce temps-là l'Eglise bénit les mineurs et disserte sur le caractère hérétique de certaines de leurs traditions... Le rôle de l'Eglise dans l'histoire des mines de Potosi est très révélateur du positionnement éthique de cette institution. Au XVIème siècle, après s'être longtemps interrogée sur le caractère hérétique de la pratique de la mastication de la feuille de coca, l'Eglise décida de l'interdire. Mais s'apercevant que la feuille de coca permettait aux indiens de mieux supporter les conditions de travail abominables dans les mines (la mastication de la coca permet de diminuer les effets de l'altitude –Potosi de situe à 4070m d'altitude-, et a un effet coupe faim), elle se ravisa et l'autorisa de nouveau, et en profita pour créer une imposition ad hoc, une dîme sur la coca. Aujourd'hui sa brillante réflexion se concentre sur le problème de Tio. Tout comme les mineurs croient en Dieu, ils croient à la présence du Diable sous la terre. La chaleur dans les galeries est si forte et leur environnement de travail ressemble tellement à l'Enfer, que les mineurs pensent que le minerai qu'ils obtiennent en dynamitant et en creusant la terre appartient au Diable. Afin d'apaiser le Diable, qu'il nomme Tio, ils installent une statue à son effigie à l'intérieur de chaque mine et y déposent régulièrement des offrandes (notamment des feuilles de coca). Or cette tradition dérange fortement l'Eglise qui la considère comme hérétique.
La ville de Potosi fut construite en 1545 lorsque les espagnols eurent connaissance de la découverte par les incas de gisements d'argent dans la montagne Cerro Rico. Elle devint rapidement le premier centre d'activité minière au monde et connut son apogée au XVIIème siècle, avec plus de 150 000 habitants (autant que Paris). La ville se couvra de monuments à l'architecture baroque, et fut le théâtre de toutes les manifestations de plaisir et de luxe de l'époque: fêtes, bals, théâtre, corridas, prostitution... Mais le coût humain de cette prospérité étourdissante fut abominable: on estime que 7 millions d'indiens et d'esclaves noirs périrent dans les mines. Les mines d'argent s'épuisèrent vers la fin du XVIIIème siècle et la ville connut un déclin aussi brutale que l'avait été son développement. En 1825, au moment de l'indépendance de la Bolivie, la ville ne comptait plus que 6000 habitants.
Aujourd'hui, bien que déclarées épuisées, les mines sont toujours en activité et des coopératives de mineurs s'échinent à exploiter avec plus ou moins de succès les rares filons encore existants. Les conditions de travail n'ont pas vraiment changées depuis le début de l'exploitation des mines au XVIème siècle et le taux de mortalité dans les mines est toujours aussi élevé. Tous les guides de voyage indiquent immanquablement qu'une visite de Potosi ne serait pas complète sans une visite des mines en fonctionnement. Notre visite de Potosi restera donc incomplète car nous faisons partie des rares touristes (nous en avons rencontré quelques-uns) qui ont décidé de ne pas visiter ces mines. Plusieurs raisons à cela. Pour des raisons évidentes de sécurité, les mines ne peuvent se visiter que dans le cadre d'un tour organisé. Or le fait que des agences de voyage gagnent de l'argent en vendant de la misère humaine nous a posé un sérieux problème. Certaines agences n'ont semble-t-il aucun scrupule et présentent la visite des mines comme une aventure divertissante (cf photos). Certaines permettent même aux touristes de faire exploser de la dynamite comme de vrais mineurs... Ensuite la visite des mines est devenue un business tellement important (c'est la principale "attraction" touristique de la ville) que l'on peut s'interroger sur le rôle des agences de voyage dans le maintien de cette activité. Quelle serait la position des agences de voyage si on envisageait de fermer définitivement ces mines (les gisements étant pratiquement épuisés, une ré-industrialisation et une modernisation des mines ne sont pas envisageables)? Soutiendraient-elles le projet de fermeture, prêtes à voir disparaître leur principale source de revenus, ou s'y opposeraient-elles?
Les agences alléguant qu'une partie des profits est directement reversée aux coopératives des mineurs, certains ont la naïveté de croire (ou s'en persuadent) que la visite des mines peut permettre à certains mineurs de sortir de la mine: en fin de compte cela reviendrait à financer une activité pour qu'elle cesse... ce n'est pas très réaliste! Un des arguments en faveur de ces visites est qu'elles permettent de se rendre vraiment compte des conditions de travail horribles des mineurs. Mais cette soif de connaissance est souvent un prétexte pour assouvir un voyeurisme naturel. Ces mines sont tout simplement des zoos humains.
Et pendant ce temps-là l'Eglise bénit les mineurs et disserte sur le caractère hérétique de certaines de leurs traditions... Le rôle de l'Eglise dans l'histoire des mines de Potosi est très révélateur du positionnement éthique de cette institution. Au XVIème siècle, après s'être longtemps interrogée sur le caractère hérétique de la pratique de la mastication de la feuille de coca, l'Eglise décida de l'interdire. Mais s'apercevant que la feuille de coca permettait aux indiens de mieux supporter les conditions de travail abominables dans les mines (la mastication de la coca permet de diminuer les effets de l'altitude –Potosi de situe à 4070m d'altitude-, et a un effet coupe faim), elle se ravisa et l'autorisa de nouveau, et en profita pour créer une imposition ad hoc, une dîme sur la coca. Aujourd'hui sa brillante réflexion se concentre sur le problème de Tio. Tout comme les mineurs croient en Dieu, ils croient à la présence du Diable sous la terre. La chaleur dans les galeries est si forte et leur environnement de travail ressemble tellement à l'Enfer, que les mineurs pensent que le minerai qu'ils obtiennent en dynamitant et en creusant la terre appartient au Diable. Afin d'apaiser le Diable, qu'il nomme Tio, ils installent une statue à son effigie à l'intérieur de chaque mine et y déposent régulièrement des offrandes (notamment des feuilles de coca). Or cette tradition dérange fortement l'Eglise qui la considère comme hérétique.
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