Après les volcans du parc national "Bromo-Tengger-Semeru'', nous nous dirigeons vers le volcan Kawah Ijen. Mais cette fois-ci, accéder au volcan est un véritable parcours du combattant. Le volcan Kawah Ijen se situe à environ 200 km de Cemoro Lawang. Dans l'ordre il faut prendre un bémo pour Probolinggo, puis un bus pour Bondowoso, puis un bus pour Garduatak, puis un bémo pour Sukosari, puis un bémo pour Sempol et enfin un moto-taxi pour Paltuding où se trouve le départ de la randonnée pour le Kawah Ijen. Impressionnant ? Les possibilités d'hébergement étant pratiquement nulles une fois que l'on a quitté Bondowoso, on comprendra pourquoi presque personne ne s'aventure au Kawah Ijen sans une bonne agence de voyage ! Nous décidons malgré tout de tenter le coup, en faisant étape à Bondowoso pour la nuit. A partir de là nous verrons ce que nous pouvons faire, au pire nous échouerons dans une agence de voyage ! Il faut de plus prendre en compte les perturbations des transports publics du fait de l'organisation des élections législatives le 9 avril (nous quittons Cemoro Lawang le 7). Mais rien de ce qui s'est passé par la suite n'aurait pu être prévu.
Dans le bus qui nous mène à Bondowoso, nous faisons la connaissance de 2 jeunes étudiantes indonésiennes qui nous invitent à manger chez elle, à Bondowoso justement. Dans de telles circonstances, le touriste prudent reste toujours méfiant... car il sait qu'ici, qu'il le veuille ou non, qu'il soit déguisé en hippie ou habillé en Quechua (on voit peu de sac de rando Louis Vuitton dans ce type de transport), il est avant tout un porte-monnaie avec des jambes et des bras. Mais bon, cette fois-ci, la rencontre fut aussi belle qu'espérée. Ce fut l'occasion de parler, d'échanger, de rire, d'apprendre et surtout de beaucoup manger ! Le repas, préparé par la mère de l'une d'elles, fût un vrai délice. Du coup, nous leur proposons de venir le lendemain avec nous au Kawah Ijen. Elles acceptent et se chargent de nous trouver un taxi à un bon prix. Nous prenons ensuite une chambre dans un des rares hôtels de la ville. A notre arrivée, nous avons un peu peur: cela ressemble à un palace, avec porteurs de bagages, immense piscine et grand restaurant ! Heureusement la gamme de prix des chambres est énorme et il y a de quoi satisfaire les petits budgets. D'ailleurs nous faisons la rencontre d'un suisse très sympa qui a lui aussi atterri dans une des chambres bon marché de l'hôtel et cherche à aller au Kawah Ijen ! Du coup, le lendemain, il se joint à nous. Nous voilà 5 !
La route qui mène au Kawah Ijen est superbe. Nous traversons de nombreuses cultures: riz, canne à sucre, légumes divers, pins, hévéa, café... La route serpente dans les montagnes et il nous faut quand même presque 4h pour atteindre le départ de la rando pour le volcan. En bémo il nous aurait fallu une journée complète dans le meilleur des cas.
Ce volcan est le principal centre d'exploitation du soufre de toute l'Indonésie et vous devez surement connaître ses photos d'hommes transportant sur leurs épaules plusieurs dizaines de kg de soufre. Et bien c'est ici, au Kawah Ijen ! Un lac occupe le fond du cratère du volcan. Un lac dont la couleur bleu turquoise signale qu'il ne s'agit pas d'un lac comme les autres: difficile d'aller y faire une brasse ou deux, car c'est un lac acide (l'acide sulfurique contenu dans les gaz volcaniques émis par le volcan se dissout continuellement dans l'eau du lac). Des tuyaux ont été installés afin de canaliser une partie des gaz volcaniques. En se refroidissant, le soufre contenu dans ces gaz cristallise sur les bords du lac. Les porteurs de soufre extraient alors le minerai de soufre par blocs de plusieurs kg qu'ils chargent dans des paniers et transportent sur leurs épaules (entre 60 et 80 kg). Ils doivent ensuite remonter en haut du cratère puis redescendre dans la vallée (soit 4 km à pied, avec 200 m de dénivelé positif puis 500 m de dénivelé négatif). Ils font en général 2 aller-retour par jour. Au bout du chemin, une balance leur indique le prix de leur sueur: 600 Rp le kg (4 centimes d'Euro). Ils peuvent ainsi espérer gagner entre 5 et 6 Euros par jour. Cependant, les conditions de travail étant évidemment à la limite du supportable, ils ne travaillent qu'un jour sur 2. L'ironie du système est que l'entreprise qui traite ce soufre gère à la fois l'amont (installation et maintenance du système de canalisations dans le cratère du volcan, ces canalisations permettant d'augmenter considérablement le rendement naturelle du système) et l'aval (camions transportant le soufre du bas du volcan jusqu'aux usines de traitement), mais pas la partie transport du soufre depuis le cratère jusqu'au bas du volcan puisque les porteurs sont indépendants. Le drame est que le facteur humain n'est malheureusement pas un élément limitant la productivité du système: il y a suffisamment de porteurs pour que la quantité de soufre descendue satisfasse les besoins industriels de l'entreprise et surtout pour que le prix de la sueur humaine reste dérisoire... Et en cas de besoin, les candidats supplémentaires à cette marche funèbre se trouvent facilement malgré les conditions de travail inhumaines: les revenues des porteurs, bien que dérisoires, restent attractifs par rapport à ceux des paysans.
Le Kawah Ijen a été médiatisé en France par un reportage de Nicolas Hulot (toujours lui !). Hulot et son équipe avaient traversé le lac dans une petite embarcation pour mesurer le pH de l'eau au milieu du lac. Résultat un pH autour de 0.2 !
Après une petite heure de marche nous arrivons au niveau du cratère du volcan. La vue est spectaculaire avec en contrebas le lac acide bleu turquoise, la zone de récupération du soufre aux couleurs jaunâtres et verdâtres et les épaisses fumées blanches qui montent haut dans le ciel. Très rapidement nous avons un violent aperçu des conditions de travail abominables des porteurs de soufre: les fumées arrivent à notre niveau, l'air devient irrespirable, nos gorges nous grattent et nos yeux nous piquent. Nous ne nous éternisons pas au sommet et redescendons rapidement.
Le lendemain, jour d'élection, nous quittons Java et ses volcans pour Bali !
Dans le bus qui nous mène à Bondowoso, nous faisons la connaissance de 2 jeunes étudiantes indonésiennes qui nous invitent à manger chez elle, à Bondowoso justement. Dans de telles circonstances, le touriste prudent reste toujours méfiant... car il sait qu'ici, qu'il le veuille ou non, qu'il soit déguisé en hippie ou habillé en Quechua (on voit peu de sac de rando Louis Vuitton dans ce type de transport), il est avant tout un porte-monnaie avec des jambes et des bras. Mais bon, cette fois-ci, la rencontre fut aussi belle qu'espérée. Ce fut l'occasion de parler, d'échanger, de rire, d'apprendre et surtout de beaucoup manger ! Le repas, préparé par la mère de l'une d'elles, fût un vrai délice. Du coup, nous leur proposons de venir le lendemain avec nous au Kawah Ijen. Elles acceptent et se chargent de nous trouver un taxi à un bon prix. Nous prenons ensuite une chambre dans un des rares hôtels de la ville. A notre arrivée, nous avons un peu peur: cela ressemble à un palace, avec porteurs de bagages, immense piscine et grand restaurant ! Heureusement la gamme de prix des chambres est énorme et il y a de quoi satisfaire les petits budgets. D'ailleurs nous faisons la rencontre d'un suisse très sympa qui a lui aussi atterri dans une des chambres bon marché de l'hôtel et cherche à aller au Kawah Ijen ! Du coup, le lendemain, il se joint à nous. Nous voilà 5 !
La route qui mène au Kawah Ijen est superbe. Nous traversons de nombreuses cultures: riz, canne à sucre, légumes divers, pins, hévéa, café... La route serpente dans les montagnes et il nous faut quand même presque 4h pour atteindre le départ de la rando pour le volcan. En bémo il nous aurait fallu une journée complète dans le meilleur des cas.
Ce volcan est le principal centre d'exploitation du soufre de toute l'Indonésie et vous devez surement connaître ses photos d'hommes transportant sur leurs épaules plusieurs dizaines de kg de soufre. Et bien c'est ici, au Kawah Ijen ! Un lac occupe le fond du cratère du volcan. Un lac dont la couleur bleu turquoise signale qu'il ne s'agit pas d'un lac comme les autres: difficile d'aller y faire une brasse ou deux, car c'est un lac acide (l'acide sulfurique contenu dans les gaz volcaniques émis par le volcan se dissout continuellement dans l'eau du lac). Des tuyaux ont été installés afin de canaliser une partie des gaz volcaniques. En se refroidissant, le soufre contenu dans ces gaz cristallise sur les bords du lac. Les porteurs de soufre extraient alors le minerai de soufre par blocs de plusieurs kg qu'ils chargent dans des paniers et transportent sur leurs épaules (entre 60 et 80 kg). Ils doivent ensuite remonter en haut du cratère puis redescendre dans la vallée (soit 4 km à pied, avec 200 m de dénivelé positif puis 500 m de dénivelé négatif). Ils font en général 2 aller-retour par jour. Au bout du chemin, une balance leur indique le prix de leur sueur: 600 Rp le kg (4 centimes d'Euro). Ils peuvent ainsi espérer gagner entre 5 et 6 Euros par jour. Cependant, les conditions de travail étant évidemment à la limite du supportable, ils ne travaillent qu'un jour sur 2. L'ironie du système est que l'entreprise qui traite ce soufre gère à la fois l'amont (installation et maintenance du système de canalisations dans le cratère du volcan, ces canalisations permettant d'augmenter considérablement le rendement naturelle du système) et l'aval (camions transportant le soufre du bas du volcan jusqu'aux usines de traitement), mais pas la partie transport du soufre depuis le cratère jusqu'au bas du volcan puisque les porteurs sont indépendants. Le drame est que le facteur humain n'est malheureusement pas un élément limitant la productivité du système: il y a suffisamment de porteurs pour que la quantité de soufre descendue satisfasse les besoins industriels de l'entreprise et surtout pour que le prix de la sueur humaine reste dérisoire... Et en cas de besoin, les candidats supplémentaires à cette marche funèbre se trouvent facilement malgré les conditions de travail inhumaines: les revenues des porteurs, bien que dérisoires, restent attractifs par rapport à ceux des paysans.
Le Kawah Ijen a été médiatisé en France par un reportage de Nicolas Hulot (toujours lui !). Hulot et son équipe avaient traversé le lac dans une petite embarcation pour mesurer le pH de l'eau au milieu du lac. Résultat un pH autour de 0.2 !
Après une petite heure de marche nous arrivons au niveau du cratère du volcan. La vue est spectaculaire avec en contrebas le lac acide bleu turquoise, la zone de récupération du soufre aux couleurs jaunâtres et verdâtres et les épaisses fumées blanches qui montent haut dans le ciel. Très rapidement nous avons un violent aperçu des conditions de travail abominables des porteurs de soufre: les fumées arrivent à notre niveau, l'air devient irrespirable, nos gorges nous grattent et nos yeux nous piquent. Nous ne nous éternisons pas au sommet et redescendons rapidement.
Le lendemain, jour d'élection, nous quittons Java et ses volcans pour Bali !
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| Ijen |

1 commentaire:
Superbe et stupéfiant !
Merci de nous faire partager vos aventures :)
Le "cratère vert" nous montre l'inégalité de la répartition des richesses issues des ressources naturelles !
Beaucoup reste à faire !
Ces conditions de travail qui demeurent à nos yeux insupportables sont aussi la fierté de ces ouvriers !
A vous l'Australie !
Bisou, ciao
Morganito
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