Le parc national du Corcovado se situe sur la péninsule d'Osa, sur la côte pacifique dans le sud du Costa Rica, une région un peu à l'écart des itinéraires touristiques classiques. Ce parc est décrit par le National Geographic comme étant «le lieu biologique le plus intense de la planète» et le Lonely Planet indique «testez vos capacités de survie en effectuant un trek dans le parc national du Corcovado»...
Nous avons longtemps hésité avant de nous lancer dans l'aventure. Premièrement, accéder aux environs du parc est un vrai casse-tête. C'est en fait déjà une aventure en soi et cela implique d'y consacrer plusieurs jours. Deuxièmement, notre expérience difficile de la jungle du Taman Negara en Malaisie n'était pas pour nous rassurer aux vues des nombreuses difficultés de ce trek. Troisièmement, l'organisation de ce trek est assez complexe. Le seul endroit du parc national où les touristes sont autorisés à dormir est une station de rangers située au milieu du parc, sur la côte: la station de la Sirena. Il faut demander une autorisation auprès des rangers pour avoir le droit d'y séjourner. Le nombre de places étant limité et les scientifiques étant évidemment prioritaires, il faut réserver le plus tôt possible. Mais le processus de réservation à distance est d'une complexité décourageante: il faut téléphoner à l'office du parc national, se faire envoyer un document par email, faxer le document rempli, attendre un 2ème document, aller dans une banque pour faire un virement bancaire, faxer le reçu du virement, et enfin recevoir une confirmation de réservation. Un calvaire ! Pour accéder à la station de la Sirena, 3 sentiers existent: le sentier du nord, le sentier du sud et le sentier de l'est. Le sentier du nord est déconseillé aux touristes, et pendant la saison des pluies (c'est à dire en ce moment) il est souvent interdit car plusieurs rivières sont infranchissables du fait de la présence de crocodiles et des hauteurs d'eau trop importantes. Le sentier de l'est est entièrement dans la forêt avec des portions assez vallonnées et difficiles pendant la saison des pluies à cause de la boue. Il faut environ 10h de marche. Un gros morceau. Le sentier du sud est à peine plus accessible: 20 km, 7 à 8h de marche annoncées et le sentier longe la côte. C'est ce sentier qui a notre préférence. Mais là aussi il y a plusieurs difficultés: plusieurs km sur la plage sur du sable mou et en plein soleil, plusieurs passages sur la plage infranchissables à marée haute, et surtout une rivière importante à traverser, le rio Claro. C'est cette dernière difficulté qui nous a fait longtemps hésiter. Il est indiqué qu'il n'y a normalement pas de crocodile dans le rio Claro mais il est fortement déconseillé de le traverser à marée haute lorsque que le niveau de l'eau se situe au-dessus de la ceinture... C'est le «normalement» qui nous posait problème, car à un peu plus de 1km du rio Claro, un autre rio, le rio Sirena est lui infesté de crocodiles... Apparemment à marée basse on peut traverser le rio Claro avec de l'eau aux chevilles. Mais Nat n'était pas vraiment rassurée, surtout que les commentaires laissés sur internet par ceux qui avaient tenté l'aventure n'incitaient pas vraiment à la confiance. Mais bon, tout le monde sait bien que les fanfaronnades sont de rigueur lorsque l'on fait le récit d'une telle aventure (et ce post en est un parfait exemple !!). Il y avait également le problème de l'eau potable. Nous avions des infos contradictoires sur l'eau à la station de la Sirena. Or avec les températures actuelles, il faut compter au minimum 3L d'eau par jour par personne. Il faudrait donc transporter de l'eau pour 3 jours, c'est-à-dire au moins 18L d'eau... Pour le problème du rio Claro, Nat a finalement eu l'idée «géniale» d'acheter un matelas pneumatique: si l'eau est trop haute, on passe le Rio Claro sur le matelas, moi je rames pendant qu'elle balance des pierres sur les crocos ! Le problème du rio Claro étant réglé, nous avons fait fi du problème de l'eau potable. On verra plus tard. C'est parti ! On y va ! Waouh !
Nous avons commencé par 9h de bus pour rejoindre le village de Puerto Jimenez sur la péninsule d'Osa depuis Quepos, avec un départ à 5h30 du matin et une correspondance incertaine à mi-chemin. Tout s'est bien passé et nous sommes arrivés comme prévu à Puerto Jimenez dans la soirée du 28 juin (la ponctualité des bus au Costa Rica est incroyable). Puerto Jimenez est un village au bout du monde et mérite à lui seul le déplacement. Des aras macaos envahissent tous les matins et tous les soirs le terrain de foot du village, et chercheurs d'or, cowboys et aventuriers en herbes se croisent toute la journée le sourire aux lèvres, signe que la nature est ici plus généreuse qu'ailleurs.
Le lendemain nous allons directement à l'office du parc national pour réserver nos places à la station de la Sirena pour les nuits du 30 juin et du 1er juillet. La zone réservée aux campeurs est pleine mais il reste quelques places dans des bungalows. Ouf ! Ca c'est fait ! Nous récupérons les horaires des marées et on nous confirme que l'eau à la station de la Sirena est normalement potable sauf lorsqu'il a beaucoup plu, l'eau de la rivière étant alors boueuse. Pour le rio Claro, pas de problème à marée basse, mais prudence quand même... Nous laissons nos gros sacs de voyage dans un hôtel à Puerto Jimenez, faisons quelques courses pour être autonome en nourriture pendant 3 jours et prenons un taxi collectif (camion bâché) pour le lieu-dit de Carate, à l'entrée du parc national: 2h30 sur une piste chaotique avec de nombreux passages à gué. Carate est un simple lieu-dit avec un comptoir où l'on peut acheter des chips et de la bière et quelques bungalows où l'on peut passer la nuit avant d'attaquer le Corcovado.
Nous décidons de partir tôt le lendemain matin pour éviter le plus possible de marcher en pleine chaleur. Départ 5h au lever du soleil. Nous marchons environ 2h et croisons quelques personnes qui reviennent de la Sirena. Ils ont tous l'air épuisé... Nous arrivons au premier passage délicat, la portion de plage qui longe des falaises. Comme prévu, la marée est déjà trop haute: les vagues du Pacifique se fracassent sur les falaises, impossible de passer. Nous attendons un peu plus de 3h que la mer redescende. 3h de marche supplémentaire et nous arrivons à la difficulté majeure, le rio Claro. Mais la marée est presque basse et le passage du rio ne présente aucune difficulté: nous avons de l'eau sous les genoux ! On s'est trimballé le matelas gonflable pour rien ! 1/2h plus tard nous arrivons à la station de la Sirena. Jusque là nous n'avions pas vu beaucoup d'animaux, mais disons que ce n'était pas vraiment notre principale préoccupation. Nous étions plus concentrés sur notre montre, la carte et les horaires des marées. Cependant, juste avant d'arriver à la station de la Sirena, nous sommes tombés sur un groupe de singes écureuils (ou singe saïmiri), la seule espèce de singes qu'il nous manquait encore et que nous avions ratée au parc Manuel Antonio. Ca commence très bien !
La station de la Sirena est un endroit incroyable. Au milieu d'une petite clairière, cette station est complètement isolée du reste du monde. On y croise des scientifiques, des rangers, des touristes comme nous et quelques touristes fortunés qui viennent à la journée en bateau. Pour nous alléger un peu nous avions réservé 2 dîners à la station. On nous a servi le meilleur casado que nous ayons mangé au Costa Rica !
La zone autour de la station de la Sirena présente une faune d'une richesse exceptionnelle. En plus de tous les animaux que l'on peut voir dans d'autres parcs (4 espèces de singes - araignée, hurleur, capucin et écureuil -, coatis, agoutis, paresseux, rapaces, grenouilles, serpents, crabes, crocodiles), il est possible de voir ici des fourmiliers, des pécaris (sorte de sangliers), des tapirs et des félins (jaguars, jaguarundis, ocelots, pumas), mais pour ces derniers c'est rarissime. Autour de la station, plusieurs sentiers permettent de se balader dans la jungle sans jamais trop s'éloigner de la station. Ces sentiers sont fantastiques. Nous avons emprunté jusqu'à 6 fois le même sentier dans la même journée et à chaque fois nous sommes tombés sur des animaux différents. Nos objectifs étaient de voir un tapir (nocturne) et un fourmilier (diurne). Nous avons donc commencé à arpenter les sentiers autour de la Sirena, 1h à peine après être arrivés à la station, jusqu'à la nuit ! Mais ni fourmilier ni tapir. Le lendemain nous sommes bien décidés à mettre toutes les chances de notre côté. Nous commençons avant le lever du soleil et passons la journée à marcher sur les mêmes sentiers (11h de marche). Mais toujours pas de tapir ni de fourmilier ! En revanche nous voyons plein d'autres animaux (paons sauvages, les 4 espèces de singes, rapaces, crocodiles, coatis, agoutis) et surtout des scènes de la vie sauvage: coatis chassant des crabes, singes avec leurs petits, agoutis avec leurs petits, coatis avec leurs petits... Superbe ! Nous avons également la surprise de découvrir au milieu du rio Claro, à quelques mètres de l'embouchure que nous avions traversée la veille... un crocodile barbotant tranquillement dans l'eau !! Nous en sommes restés sans voix ! Nos craintes étaient donc bien justifiées ! Et dire que la veille nous avons croisé un jeune anglais qui a traversé le rio à la nage car il avait raté la marée basse ! Chaud !
Juste avant d'aller manger (les repas sont servis à 17h30 précises à la station, le soleil se couche vers 17h15 et il y a extinction des feux à 19h30), nous tentons une nouvelle fois de voir un tapir, la nuit tombant. Toujours rien ! Mais alors que nous rentrons à la station nous tombons nez à nez avec un fourmilier ! Enfin ! Nous mangeons rapidement et repartons. Il fait maintenant nuit noire. Nous savons que les tapirs sortent à cette heure-ci. Nous empruntons un sentier, et après quelques dizaines de mètres, nous apercevons dans le noir une grosse masse juste à côté de nous: c'est un tapir ! Il n'est pas très farouche et nous pouvons nous approcher très près de lui ! Nous pouvons dormir tranquille, nos objectifs sont atteints !
Le lendemain, jour du départ, nous commençons à 4h du matin pour passer le rio Claro à marée basse et éviter de tomber sur notre copain le crocodile ! Partis très tôt nous avons beaucoup de temps devant nous, et nous prenons un rythme nettement plus lent qu'à l'aller pour essayer de voir encore des animaux. C'est payant: nous voyons notamment un fourmilier, une martre, et une harde de pécaris que nous suivons en courant comme des dératés sur plusieurs dizaines de mètres dans la forêt! Et puis, alors que nous arrivons presque à la fin de la rando, nous croisons un groupe d'espagnols que nous avions déjà rencontrés à plusieurs reprises au Costa rica et qui sont là pour la journée. Ils viennent de voir un puma ! Incroyable ! C'est rarissime ! Il était couché dans un fourré à quelques mètres du sentier. L'endroit se situe à environ 2km de là. Nous sommes fous ! Ils nous donnent quelques indications: au 15ème arbre couché tournez à gauche, puis à la deuxième souche à droite, puis tout droit jusqu'au premier fossé puis à gauche puis bla bla bla... Nous piquons un sprint. Cherchez un arbre couché au milieu de la jungle... ce n'est pas évident. On craint d'avoir raté l'endroit ou que le puma soit parti. Et puis soudain, Nat croise des yeux jaunes... Après son exploit australien avec les koalas, elle vient de trouver le puma. Il nous regarde. Il est à un peu moins de 10 m de nous, entre le sentier et la plage. Allongé dans des branchages, il n'a pas l'air d'être très préoccupé par notre présence. Il ferme les yeux et semble s'assoupir. Il doit se reposer pensons-nous. Et puis soudain tout bascule. L'oeil collé à mon appareil photo je ne suis pas attentif à ce qu'il se passe autour de nous. Nat a juste le temps de me dire: il va se faire l'agouti ! Un agouti passe à toute vitesse entre le puma et nous. Le puma redresse la tête et en une fraction de seconde se jette sur l'agouti, à quelques mètres de nous. Nous entendons le dernier cri de l'agouti, puis sa proie dans la gueule, le puma retourne se coucher dans les branchages. Il en fait quelques bouchées, se nettoie le pelage et nous regarde tranquillement. L'espace d'un instant on se dit qu'on pourrait servir de dessert, et nous nous éloignons sagement... Quelle journée ! Nous terminons la rando la tête un peu ailleurs, conscients d'avoir vu quelque chose d'exceptionnelle ! Au moment où nous arrivons à Carate, un orage terrible éclate: éclairs, tonnerre, pluie diluvienne... dernier signe que la chance aura été avec nous tout au long de ce trek !
Nous avons longtemps hésité avant de nous lancer dans l'aventure. Premièrement, accéder aux environs du parc est un vrai casse-tête. C'est en fait déjà une aventure en soi et cela implique d'y consacrer plusieurs jours. Deuxièmement, notre expérience difficile de la jungle du Taman Negara en Malaisie n'était pas pour nous rassurer aux vues des nombreuses difficultés de ce trek. Troisièmement, l'organisation de ce trek est assez complexe. Le seul endroit du parc national où les touristes sont autorisés à dormir est une station de rangers située au milieu du parc, sur la côte: la station de la Sirena. Il faut demander une autorisation auprès des rangers pour avoir le droit d'y séjourner. Le nombre de places étant limité et les scientifiques étant évidemment prioritaires, il faut réserver le plus tôt possible. Mais le processus de réservation à distance est d'une complexité décourageante: il faut téléphoner à l'office du parc national, se faire envoyer un document par email, faxer le document rempli, attendre un 2ème document, aller dans une banque pour faire un virement bancaire, faxer le reçu du virement, et enfin recevoir une confirmation de réservation. Un calvaire ! Pour accéder à la station de la Sirena, 3 sentiers existent: le sentier du nord, le sentier du sud et le sentier de l'est. Le sentier du nord est déconseillé aux touristes, et pendant la saison des pluies (c'est à dire en ce moment) il est souvent interdit car plusieurs rivières sont infranchissables du fait de la présence de crocodiles et des hauteurs d'eau trop importantes. Le sentier de l'est est entièrement dans la forêt avec des portions assez vallonnées et difficiles pendant la saison des pluies à cause de la boue. Il faut environ 10h de marche. Un gros morceau. Le sentier du sud est à peine plus accessible: 20 km, 7 à 8h de marche annoncées et le sentier longe la côte. C'est ce sentier qui a notre préférence. Mais là aussi il y a plusieurs difficultés: plusieurs km sur la plage sur du sable mou et en plein soleil, plusieurs passages sur la plage infranchissables à marée haute, et surtout une rivière importante à traverser, le rio Claro. C'est cette dernière difficulté qui nous a fait longtemps hésiter. Il est indiqué qu'il n'y a normalement pas de crocodile dans le rio Claro mais il est fortement déconseillé de le traverser à marée haute lorsque que le niveau de l'eau se situe au-dessus de la ceinture... C'est le «normalement» qui nous posait problème, car à un peu plus de 1km du rio Claro, un autre rio, le rio Sirena est lui infesté de crocodiles... Apparemment à marée basse on peut traverser le rio Claro avec de l'eau aux chevilles. Mais Nat n'était pas vraiment rassurée, surtout que les commentaires laissés sur internet par ceux qui avaient tenté l'aventure n'incitaient pas vraiment à la confiance. Mais bon, tout le monde sait bien que les fanfaronnades sont de rigueur lorsque l'on fait le récit d'une telle aventure (et ce post en est un parfait exemple !!). Il y avait également le problème de l'eau potable. Nous avions des infos contradictoires sur l'eau à la station de la Sirena. Or avec les températures actuelles, il faut compter au minimum 3L d'eau par jour par personne. Il faudrait donc transporter de l'eau pour 3 jours, c'est-à-dire au moins 18L d'eau... Pour le problème du rio Claro, Nat a finalement eu l'idée «géniale» d'acheter un matelas pneumatique: si l'eau est trop haute, on passe le Rio Claro sur le matelas, moi je rames pendant qu'elle balance des pierres sur les crocos ! Le problème du rio Claro étant réglé, nous avons fait fi du problème de l'eau potable. On verra plus tard. C'est parti ! On y va ! Waouh !
Nous avons commencé par 9h de bus pour rejoindre le village de Puerto Jimenez sur la péninsule d'Osa depuis Quepos, avec un départ à 5h30 du matin et une correspondance incertaine à mi-chemin. Tout s'est bien passé et nous sommes arrivés comme prévu à Puerto Jimenez dans la soirée du 28 juin (la ponctualité des bus au Costa Rica est incroyable). Puerto Jimenez est un village au bout du monde et mérite à lui seul le déplacement. Des aras macaos envahissent tous les matins et tous les soirs le terrain de foot du village, et chercheurs d'or, cowboys et aventuriers en herbes se croisent toute la journée le sourire aux lèvres, signe que la nature est ici plus généreuse qu'ailleurs.
Le lendemain nous allons directement à l'office du parc national pour réserver nos places à la station de la Sirena pour les nuits du 30 juin et du 1er juillet. La zone réservée aux campeurs est pleine mais il reste quelques places dans des bungalows. Ouf ! Ca c'est fait ! Nous récupérons les horaires des marées et on nous confirme que l'eau à la station de la Sirena est normalement potable sauf lorsqu'il a beaucoup plu, l'eau de la rivière étant alors boueuse. Pour le rio Claro, pas de problème à marée basse, mais prudence quand même... Nous laissons nos gros sacs de voyage dans un hôtel à Puerto Jimenez, faisons quelques courses pour être autonome en nourriture pendant 3 jours et prenons un taxi collectif (camion bâché) pour le lieu-dit de Carate, à l'entrée du parc national: 2h30 sur une piste chaotique avec de nombreux passages à gué. Carate est un simple lieu-dit avec un comptoir où l'on peut acheter des chips et de la bière et quelques bungalows où l'on peut passer la nuit avant d'attaquer le Corcovado.
Nous décidons de partir tôt le lendemain matin pour éviter le plus possible de marcher en pleine chaleur. Départ 5h au lever du soleil. Nous marchons environ 2h et croisons quelques personnes qui reviennent de la Sirena. Ils ont tous l'air épuisé... Nous arrivons au premier passage délicat, la portion de plage qui longe des falaises. Comme prévu, la marée est déjà trop haute: les vagues du Pacifique se fracassent sur les falaises, impossible de passer. Nous attendons un peu plus de 3h que la mer redescende. 3h de marche supplémentaire et nous arrivons à la difficulté majeure, le rio Claro. Mais la marée est presque basse et le passage du rio ne présente aucune difficulté: nous avons de l'eau sous les genoux ! On s'est trimballé le matelas gonflable pour rien ! 1/2h plus tard nous arrivons à la station de la Sirena. Jusque là nous n'avions pas vu beaucoup d'animaux, mais disons que ce n'était pas vraiment notre principale préoccupation. Nous étions plus concentrés sur notre montre, la carte et les horaires des marées. Cependant, juste avant d'arriver à la station de la Sirena, nous sommes tombés sur un groupe de singes écureuils (ou singe saïmiri), la seule espèce de singes qu'il nous manquait encore et que nous avions ratée au parc Manuel Antonio. Ca commence très bien !
La station de la Sirena est un endroit incroyable. Au milieu d'une petite clairière, cette station est complètement isolée du reste du monde. On y croise des scientifiques, des rangers, des touristes comme nous et quelques touristes fortunés qui viennent à la journée en bateau. Pour nous alléger un peu nous avions réservé 2 dîners à la station. On nous a servi le meilleur casado que nous ayons mangé au Costa Rica !
La zone autour de la station de la Sirena présente une faune d'une richesse exceptionnelle. En plus de tous les animaux que l'on peut voir dans d'autres parcs (4 espèces de singes - araignée, hurleur, capucin et écureuil -, coatis, agoutis, paresseux, rapaces, grenouilles, serpents, crabes, crocodiles), il est possible de voir ici des fourmiliers, des pécaris (sorte de sangliers), des tapirs et des félins (jaguars, jaguarundis, ocelots, pumas), mais pour ces derniers c'est rarissime. Autour de la station, plusieurs sentiers permettent de se balader dans la jungle sans jamais trop s'éloigner de la station. Ces sentiers sont fantastiques. Nous avons emprunté jusqu'à 6 fois le même sentier dans la même journée et à chaque fois nous sommes tombés sur des animaux différents. Nos objectifs étaient de voir un tapir (nocturne) et un fourmilier (diurne). Nous avons donc commencé à arpenter les sentiers autour de la Sirena, 1h à peine après être arrivés à la station, jusqu'à la nuit ! Mais ni fourmilier ni tapir. Le lendemain nous sommes bien décidés à mettre toutes les chances de notre côté. Nous commençons avant le lever du soleil et passons la journée à marcher sur les mêmes sentiers (11h de marche). Mais toujours pas de tapir ni de fourmilier ! En revanche nous voyons plein d'autres animaux (paons sauvages, les 4 espèces de singes, rapaces, crocodiles, coatis, agoutis) et surtout des scènes de la vie sauvage: coatis chassant des crabes, singes avec leurs petits, agoutis avec leurs petits, coatis avec leurs petits... Superbe ! Nous avons également la surprise de découvrir au milieu du rio Claro, à quelques mètres de l'embouchure que nous avions traversée la veille... un crocodile barbotant tranquillement dans l'eau !! Nous en sommes restés sans voix ! Nos craintes étaient donc bien justifiées ! Et dire que la veille nous avons croisé un jeune anglais qui a traversé le rio à la nage car il avait raté la marée basse ! Chaud !
Juste avant d'aller manger (les repas sont servis à 17h30 précises à la station, le soleil se couche vers 17h15 et il y a extinction des feux à 19h30), nous tentons une nouvelle fois de voir un tapir, la nuit tombant. Toujours rien ! Mais alors que nous rentrons à la station nous tombons nez à nez avec un fourmilier ! Enfin ! Nous mangeons rapidement et repartons. Il fait maintenant nuit noire. Nous savons que les tapirs sortent à cette heure-ci. Nous empruntons un sentier, et après quelques dizaines de mètres, nous apercevons dans le noir une grosse masse juste à côté de nous: c'est un tapir ! Il n'est pas très farouche et nous pouvons nous approcher très près de lui ! Nous pouvons dormir tranquille, nos objectifs sont atteints !
Le lendemain, jour du départ, nous commençons à 4h du matin pour passer le rio Claro à marée basse et éviter de tomber sur notre copain le crocodile ! Partis très tôt nous avons beaucoup de temps devant nous, et nous prenons un rythme nettement plus lent qu'à l'aller pour essayer de voir encore des animaux. C'est payant: nous voyons notamment un fourmilier, une martre, et une harde de pécaris que nous suivons en courant comme des dératés sur plusieurs dizaines de mètres dans la forêt! Et puis, alors que nous arrivons presque à la fin de la rando, nous croisons un groupe d'espagnols que nous avions déjà rencontrés à plusieurs reprises au Costa rica et qui sont là pour la journée. Ils viennent de voir un puma ! Incroyable ! C'est rarissime ! Il était couché dans un fourré à quelques mètres du sentier. L'endroit se situe à environ 2km de là. Nous sommes fous ! Ils nous donnent quelques indications: au 15ème arbre couché tournez à gauche, puis à la deuxième souche à droite, puis tout droit jusqu'au premier fossé puis à gauche puis bla bla bla... Nous piquons un sprint. Cherchez un arbre couché au milieu de la jungle... ce n'est pas évident. On craint d'avoir raté l'endroit ou que le puma soit parti. Et puis soudain, Nat croise des yeux jaunes... Après son exploit australien avec les koalas, elle vient de trouver le puma. Il nous regarde. Il est à un peu moins de 10 m de nous, entre le sentier et la plage. Allongé dans des branchages, il n'a pas l'air d'être très préoccupé par notre présence. Il ferme les yeux et semble s'assoupir. Il doit se reposer pensons-nous. Et puis soudain tout bascule. L'oeil collé à mon appareil photo je ne suis pas attentif à ce qu'il se passe autour de nous. Nat a juste le temps de me dire: il va se faire l'agouti ! Un agouti passe à toute vitesse entre le puma et nous. Le puma redresse la tête et en une fraction de seconde se jette sur l'agouti, à quelques mètres de nous. Nous entendons le dernier cri de l'agouti, puis sa proie dans la gueule, le puma retourne se coucher dans les branchages. Il en fait quelques bouchées, se nettoie le pelage et nous regarde tranquillement. L'espace d'un instant on se dit qu'on pourrait servir de dessert, et nous nous éloignons sagement... Quelle journée ! Nous terminons la rando la tête un peu ailleurs, conscients d'avoir vu quelque chose d'exceptionnelle ! Au moment où nous arrivons à Carate, un orage terrible éclate: éclairs, tonnerre, pluie diluvienne... dernier signe que la chance aura été avec nous tout au long de ce trek !
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| Corcovado |
Saïmiri:
Pic:
Groupe de coatis:
Coati à la recherche d'un crabe:
Le coati et le crabe:
Singe araignée:
Agouti:
Fourmilier:
Puma:
Le coati et la noix de coco:

2 commentaires:
Toujours aussi passionant de vous lire.
Superbe expèrience ! Bravo les aventuriers !
Restez prudent !
Salut Morgan,
Merci, ça fait plaisir d'avoir des retours! Pour compenser notre hyperactivité au Costa Rica, nous bullons depuis 1 semaine au Panama !
A +
Ju et Nat
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