jeudi 16 juillet 2009

Casado mon amour, par Ju, Costa Rica

Au début on trouvait ça pas mal. Du riz, des haricots rouges, quelques tomates et de la salade, des bananes et une viande (poulet, porc ou boeuf) ça fait un plat complet, bon, qui tient au ventre et vraiment pas cher. Petit à petit, nous avons commencé à découvrir toutes les subtilités et variantes de ce plat: selon qu'il s'agit du petit déjeuner, du déjeuner ou du dîner, les haricots sont à côté du riz, les haricots sont sur le riz, les haricots sont mélangés au riz... Le casado au petit déjeuner on avait eu du mal quand même, mais à midi ou le soir on se jetait dessus toujours émerveillés devant la grande finesse de ce plat. Un jour les haricots rouges nous ont même été servi à part dans une petite soucoupe commune, une petite cuillère permettant d'en disposer à sa guise ! Formidable ! Puis, à l'occasion de séjours dans de petites auberges familiales, nous avons découvert les secrets de fabrication de ce plat exceptionnel: une grosse marmite pleine de haricots rouges qui macèrent toute la journée dans une sauce noirâtre (qui prend une teinte rougeâtre quand on la remue). Un ptit coup sur le feu avant de servir et hop c'est prêt ! Après manger on rajoute quelques louches de haricots pour maintenir une quantité constante dans la marmite et c'est parti pour une autre journée de macération. La mixture se compose ainsi de plusieurs strates: plus on va profond dans la marmite plus on remonte le temps. Pour un casado normal on ne prend que les couches supérieures. Pour les grandes occasions, on plonge la louche jusqu'au fond de la marmite et on racle le fond pour récupérer les meilleurs haricots, ceux qui sont au fond depuis plusieurs semaines, voir plusieurs mois (vu l'état de certaines marmites, plusieurs années parfois)... les meilleurs, ceux qui se sont bonifiés avec le temps ! Je rassure les lecteurs inquiets pour les conditions sanitaires, un couvercle permet d'éviter que la mixture ne s'enrichisse de protéines animales indésirables. Et puis un jour le drame ! Le casado de trop ! Celui qui vous cloue sur un chiotte pendant 2 jours... Est-il utile de préciser que j'ai été le seul à avoir le privilège de gouter à cette version ? Comme d'hab, Nat en est sorti indemne... Depuis ce jour, mes rapports avec le casado sont devenus conflictuels. Je lui reproche son manque d'originalité, son manque de fraicheur. Il m'accuse de chauvinisme, d'être difficile. Finalement lui est moi on a décidé d'un commun accord de faire une pause. Nous avions besoin de faire le point chacun de notre côté. Pour être honnête, je n'ai pas été fidèle pendant ses quelques jours de réflexion. Un soir, j'ai craqué sur une pizza et des frites... Mais ce qui m'inquiétait le plus c'était mes rêves: des jambons, des petits fromages de chèvres, des steaks, des yaourts... Et puis petit à petit nous avons réappris à nous aimer. Doucement au début. Je n'ai pris que du riz avec du coca. Puis j'ai rajouté des bananes, puis le poulet, puis les haricots... Et ça tombe bien parce que le riz et les haricots rouges j'en ai encore pour 5 mois !

2 commentaires:

Unknown a dit…

Belle prose ! Même en nous parlant d'un plat tu nous fait voyager !!
Quand au fait d'avoir le même régime alimentaire pendant 5 mois, toi et moi, nous connaissons quelqu'un que ça ne dérange pas !! Et ça dure depuis bien plus longtemps ;-)

JuNat a dit…

Mais vu l etat de delabrement physique et psychologique de la personne en question, je m inquiete un peu !